La zététique : késako ? (Partie 2/2)

Me revoilà pour la suite de mon exploration de la zététique !

Un miroir tendu à nos propres convictions

En furetant tranquillement dans cet univers nouveau, j’ai découvert des personnes passionnées de sciences, fermement convaincues de la nécessité d’une pensée critique, mais aussi d’une absence de sectarisme très appréciable. Leur but n’est souvent pas d’attaquer ou de faire la « chasse » à tout ce qui a trait à l’occulte, mais d’éduquer, notamment contre les idées reçues et autres facilités de raisonnement. Pointer les défauts de certaines pratiques est aussi l’occasion de mieux faire connaître la science en rétablissant certaines vérités.

Nombre d’experts de la question entrent dans un vrai dialogue avec ceux qu’ils appellent les « praticiens » des phénomènes paranormaux, à qui ils reconnaissent souvent une sincère conviction dans un « don » qui, à leurs yeux, dépasse leur entendement. Leur démarche pour mettre ce don à l’épreuve est alors une exploration commune. Ils s’intéressent aussi aux facteurs psychologiques et sociologiques à l’œuvre, qui nous poussent à voir ce que nous attendons ou ce que nous souhaitons voir.

J’en suis aussi venue à une certaine remise en question. Je me suis toujours considérée comme assez cartésienne et attachée à la rigueur du raisonnement, surtout dans le domaine scientifique. Mais j’ai notamment été troublée par les solides arguments contre l’homéopathie, une médecine à laquelle je crois par expérience personnelle. Ces traitements ont été efficaces à diverses reprises dans ma famille, certes pour des pathologies mineures pour lesquelles le psychologique pouvait jouer un rôle de poids (digestion, éruptions cutanées), mais aussi pour des problèmes bien plus sérieux, contre lesquels même les antibiotiques montraient leurs limites (infections chroniques importantes).

Je ne peux ni nier la légitimité des objections théoriques formulées contre cette science, ni retirer soudain toute valeur à des effets tangibles et constatés… dans un cas particulier. Je ne peux pas les généraliser, mais pas non plus décider d’un coup « Si la preuve est absente, je dois forcément retirer toute foi à ce traitement qui fonctionne ».

C’est la limite entre confiance et conviction, et pour ce qui touche à la science, la seconde doit prévaloir.

Mais l’homéopathie n’est pas pour autant à bannir, notamment dans les problèmes où le mental joue également un rôle clé. Notre corps est un écosystème complexe et subtil, sur lequel l’équilibre hormonal a par exemple un immense impact. Les méfaits du stress sont notamment prouvés (eux !) : en stimulant la production d’hormones telles que le cortisol, il peut avoir un impact dévastateur sur l’organisme. « Penser positif », ce ne sont pas que des paroles vides…

Bref, je me trouve ébranlée dans mes convictions et en pleine réflexion : c’est bien le but de l’exercice !

Cette part d’inconnu qui nous défie

Il y a ensuite le rapport à l’occulte — et là aussi, je me découvre sous un nouvel angle. Malgré un caractère en majeure partie rationnel, j’éprouve une certaine attirance envers le paranormal. Je suis fascinée par la spiritualité, mais aussi par une diversité de phénomènes et pratiques que la raison peine à expliquer :

Autant de phénomènes que je n’accepte pas comme des réalités (je n’en suis pas à croire à l’au-delà !), mais dont ces occurrences inexplicables me troublent et me captivent. Dans tous ces cas, le psychologique joue un rôle majeur : les mécanismes complexes du cerveau et ses liens avec l’ensemble de notre être n’ont pas fini de nous surprendre… Sans parler de l’infinie richesse de l’inconscient, qui façonne toutes nos perceptions à notre insu.

Sur une note plus légère, même l’astrologie peut venir chatouiller notre incrédulité. Si l’horoscope me fait franchement mourir de rire, je suis parfois stupéfaite des concordances entre les signes et la personnalité de certains de mes proches. Je sais en même temps à quel point il est facile de se reconnaître dans une description « moyennement » généraliste lorsqu’on s’attend à le faire…

… mais quelque part, sur ces points de détail, je ne tiens pas tellement à ma belle rigueur. Il y a un certain plaisir à être troublé et étonné, à toucher du doigt l’inconnu. Nous ne pouvons tout savoir et tout comprendre, même si chercher à en connaître toujours plus est l’apanage de l’homme, et sa quête la plus noble. Être confronté à l’étrange nous rappelle qu’il existe des mécanismes qui échappent encore à notre savoir. Sont-ils tout à fait aléatoires, ou de pures créations de notre esprit ? On peut toujours chercher à le découvrir…

Au fil de ces réflexions, je me découvre moins sceptique que je ne le croyais, séduite par cette petite part de mystère. Mais ce n’est pas non plus une totale surprise : mon rapport au religieux suit cette même ligne de crête. Éternelle athée, je n’ai jamais ressenti l’idée d’un Dieu « Un », extérieur et transcendant. Je perçois cependant une certaine dimension spirituelle et mystique dans la complexité du monde, la richesse et la résilience des écosystèmes qui nous entourent — même, une fois encore, dans ce cerveau humain fait de cellules et d’atomes, de conscient et d’inconscient qui s’unissent pour former une personnalité uniquement nôtre, une « âme » (mot que j’aime et que j’emploie avec une sensibilité purement émotionnelle et poétique, et non dans un sens religieux touchant à l’âme immortelle).

Bref, je me reconnais plutôt dans le panthéisme… tout en me fichant royalement, au fond, de me reconnaître dans quoi que ce soit. À mes yeux, la religion est une relation, un rapport intime à un Dieu, des dieux ou toute forme de spiritualité, sur laquelle on choisit ou non de poser des mots ou des doctrines. (Bien sûr, elle nous permet aussi de faire communauté avec les êtres qui la partagent mais c’est là une autre facette.) Croire ou ne pas croire, croire parfois ou me découvrir moi-même une certaine croyance : c’est mon voyage personnel.

(Toute religion est d’ailleurs bien plus riche et complexe que l’idée qu’on s’en fait au premier abord, comme je me le rappelle en lisant cet article…)

La zététique m’aura menée bien plus loin que je ne l’aurais cru dans mes petites réflexions… Et pour aller au bout de ma remise en question, je dois bien m’avouer une dernière chose : les convictions que je viens d’évoquer, si j’étais logique avec moi-même, devraient susciter une conscience et un engagement écologiques bien plus développés. Face aux petits égoïsmes quotidiens comme aux exigences du court terme — ces pressions financières auxquels on ne peut pas toujours échapper —, on oublie trop souvent ce qui est pourtant primordial. Au détriment de la responsabilité collective… À méditer.

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