Vous prendrez bien un peu de Poirot ?

Sur un défi de Caroline, un petit texte sur Hercule Poirot suite à nos discussions sur Meurtres en majuscules, le roman de Sophie Hannah reprenant le célèbre détective belge !

Le défi initial et le texte de Caroline sont ici si vous voulez jeter un coup d’œil (et je vous y encourage !). À l’origine c’était une première page d’une aventure de Poirot, mais j’ai fauté par étourderie et me suis retrouvée avec un texte complètement in medias res. Je n’ai pas d’idée spécifique sur l’enquête dont il pourrait être question, j’ai juste fait de l’impro.

En tout cas, merci à Caroline d’avoir partagé le défi (et son texte) avec moi, ç’a un peu réveillé l’envie d’écrire, et la confiance qui me manquait assez ! J’espère que ça ne s’arrêtera pas là, mais qui vivra verra.

N’hésitez pas à me faire savoir votre opinion, positive ou négative !

***

« Sérieusement, Poirot ! » m’exclamai-je avec exaspération. « Vous ne pouvez pas réellement envisager de passer la journée bien installé dans votre fauteuil ! Pensez à tout ce qui vient de se produire. Une telle inaction serait impardonnable ! Réfléchissez deux secondes ! »

Mon ami, carré dans son confortable siège, n’avait pour le moment pas daigné me laisser voir la moindre réaction, au point que je soupçonnais qu’il aurait sans doute accordé davantage de son attention à un de ses meubles impeccablement disposés qu’à ma silhouette gesticulante. Cependant, à l’énoncé du mot « réfléchir », ses yeux jusqu’alors mi-clos me fusillèrent d’un éclat vert assassin, si bien que je demeurai momentanément figé sur place. Bien installé sous un gros plaid, Poirot n’avait pourtant rien de particulièrement redoutable. J’avais l’impression de faire face à un gros chat ; mais c’était à présent un gros chat courroucé, à la moustache frémissante d’indignation.

« Réfléchir ! » Il jeta le mot avec un intense dédain, comme si j’avais usé là d’un concept qu’il estimait bien au-delà de mon faible entendement. « Réfléchir ! Mon cher, vous êtes véritablement incorrigible. Ne savez-vous donc pas, depuis toutes ces années, que Poirot n’a pas besoin de courir la ville pour réfléchir ? Que c’est au contraire dans le calme et l’ordre, dans la sérénité d’un esprit bien organisé, qu’il peut faire le meilleur usage de ses facultés ? Réfléchir ! Mais, mon ami, je ne demande que cela. Si vous aviez l’immense amabilité de cesser de me perturber de vos sempiternelles protestations, l’exercice n’en serait que plus aisé. Vous l’avez dit, les faits sont multiples. Poirot doit leur restituer leur juste place. Ainsi, et ainsi seulement, la vérité se fera jour ! Allez donc, si cela vous chante, courir sous la pluie ! Moi, je reste ici et je médite. Mes petites cellules grises feront le reste. »

Je restai un instant déconcerté par sa diatribe, bien que les arguments n’en soient guère nouveaux pour moi. Le goût des petites cellules grises de Poirot pour une activité sédentaire était proverbial, et je savais pertinemment que comme il l’avait lui-même laissé échapper, la météo londonienne particulièrement détestable ne pouvait qu’être un argument en ma défaveur. À Dieu ne plaise que Poirot aille risquer la pneumonie (ainsi aurait-il qualifié, du moins, ce qui tenait pour moi du simple rhume). Pour ma part, je devais bien avouer ma fébrilité, et l’inertie de mon ami me faisait bouillir intérieurement. Le visage de Miss Carruthers s’imposait impérieusement à mon esprit ; il nous fallait des réponses, et au plus vite. Dans mon état d’agitation, non seulement j’avais d’autant plus de mal à admettre les vertus de rester confortablement assis chez soi pour résoudre une enquête, mais la perspective de passer des heures à attendre passivement, sans autre élément pour m’éclairer que les remarques souvent affreusement énigmatiques de Poirot, me donnait le frisson.

« Allons, allons, mon ami. » Poirot semblait s’être radouci. « Un peu de patience, et soyez raisonnable. Une affaire aussi sérieuse ne se traite pas à la légère par simple caprice. Il me faut y consacrer toute ma concentration. »

« Caprice! » En un effort d’apaisement relativement héroïque, je m’abstins de relever. « C’est que je suis inquiet, Poirot… Je ne peux pas m’empêcher de repenser à la malheureuse Miss Carruthers. Cette innocente, en prison… Car vous la croyez bien innocente, n’est-ce pas ? »

Il me toisa d’un œil sévère.

« Croire ? Poirot ne croit pas, Hastings. Poirot sait. Et pour le moment, c’est bien là tout le problème : je ne sais pas encore. Si je dois arriver à ce résultat, seul le silence et la réflexion seront mes alliés. »

Bien malgré moi, je fis profil bas devant son regard éloquent. Me détournant rageusement, je me préparai à prendre mon mal en patience pour attendre une avancée — en vain pour aujourd’hui, selon toutes les probabilités, et sans même la consolation d’une tasse de thé décent.

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