Chronique et émotions : Amélie Nothomb en général, et Pétronille en particulier

Aujourd’hui, c’était Pétronille… Voyage dans l’univers d’Amélie.

Depuis mes treize ans, je suis une inconditionnelle d’Amélie Nothomb, et cela n’a jamais cessé. Je pense pouvoir dire qu’il s’agit de mon auteur préféré, d’un point de vue presque purement émotionnel ; lire et aimer Amélie Nothomb, c’est une évidence et une constante, et quelque chose qui fait partie de moi. Je ne suis pas pour autant fan aveugle ; j’estime qu’elle a écrit de véritables chefs-d’œuvre, comme des romans plus faibles. Ses romans les plus sombres, les plus tortueux, touchant sans crainte aucune au macabre, au glauque, voire à la perversité, m’ont totalement éblouie. Mercure me vient à l’esprit, comme AttentatCosmétique de l’ennemiJournal d’Hirondelle… Ce sont des voyages dans les aspects les plus noirs de l’esprit humain, des personnages absolument décalés, amoraux ou se riant ouvertement de la morale, et possédés par des passions insensées et absolument sans limite.

Cinq étoiles, donc, à ces romans sombres, de passion et de crimes, qui représentent tout un pan de son impressionnante bibliographie. L’autre catégorie est le (semi-)autobiographique, où Amélie joue de son personnage, son vécu à diverses périodes de sa vie, qu’elle raconte en la romançant plus ou moins. C’est le cas de Stupeur et tremblementsNi d’Ève ni d’AdamBiographie de la faim et bien d’autres. Le Japon, grand amour de sa vie et où elle a passé sa petite enfance et est revenue en tant que jeune femme, tient une grande place dans ces ouvrages. Ils sont d’une drôlerie irrésistible malgré un côté émotionnel aussi très fort, d’une originalité décoiffante, tout comme le personnage, et simplement formidables. Deux aspects de son œuvre qui sont donc quelque part opposés, bien qu’il n’y ait pas d’ombre sans lumière, et vice versa.

En gros, vous aurez compris que je suis folle d’Amélie. Je l’ai découverte, comme je le disais précédemment, en 2007, où j’ai allègrement dévoré l’intégralité de ses ouvrages. C’est à cette époque aussi que je lui ai écrit pour la première fois. Amélie est une des rares auteurs que je connaisse à systématiquement répondre à ses lecteurs, voire même à correspondre, et elle a fait preuve envers l’adolescente un peu paumée que j’étais d’une douceur et d’une générosité sans bornes et d’un intérêt que j’ai longtemps eu du mal à comprendre (et même refusé en bloc au départ… passons sur mes imbroglios mentaux, ça n’a guère d’intérêt). C’est une facette du personnage qu’on ne devine pas toujours, au-delà de son côté totalement farfelu, de ses chapeaux légendaires et de ses airs un peu fous. La femme est merveilleuse, et l’écrivaine est exaltante.

J’avouerai cependant que j’ai moins apprécié la plupart de ses romans, curieux hasard, après 2008. Peut-être mettais-je la barre trop haut. Mon préféré est sans doute Une forme de vie, qui m’a réellement beaucoup plu, mais il n’y a plus eu de Mercure, à mes yeux du moins. J’ai cependant continué à la lire et à l’aimer, juste pour savourer du Amélie, avec son style bien à elle. Même sans arriver au génial, à l’indicible, comme je l’avais ressenti dans certaines de ses intrigues, la plume et l’esprit étaient toujours identiques. Le lien émotionnel aussi, ce qui rendait ses livres semi-autobiographiques plus savoureux encore.

J’en arrive donc à Pétronille. Ce livre, dont Amélie est la narratrice, conte son amitié avec une jeune romancière du même nom, d’abord fan, puis compagne d’ivresse dans de multiples orgies au champagne, où elles se lancent dans les pires folies. Pétronille est atypique, gauchiste, exaltée, d’une franchise assez brutale, folle de littérature et brûlante de passion. Créature extrême, elle noue avec Amélie des liens très forts tout en conservant une indépendance farouche… Et son goût du risque l’amène aux excès les plus insensés, les plus effrayants aussi.

C’est une ode à l’ivresse : celle, légère et encore inoffensive (quoique…), du champagne partagé ; celle de l’amitié dans toute sa grandeur, aussi forte que l’amour, et celle, capiteuse et addictive, du risque. (La fin vous coupe le souffle.) Le style est du pur Amélie, plein à la fois d’humour et d’envolées lyrico-surréalistes, voire totalement barrées ! J’ai adoré sa voix si particulière, bien sûr, et le sujet, son rapport à ses lecteurs comme aux autres auteurs, aux dédicaces, à l’amitié, m’a touchée de manière très personnelle. Comme je l’ai dit, le personnage de Pétronille est irrésistible. Et entre les deux, dans leurs points communs comme dans leurs différences, le lien est là avec évidence. L’amitié, c’est comme l’amour, ça ne se commande pas et ne s’explique que partiellement ; c’est une alchimie, imparfaite et parfaite. Le mélange prend et pétille. Peut-être pas le meilleur de tous les Nothomb, mais je me suis laissée entraîner et charmer sans hésitation… et la chute, encore une fois, est puissante, contrairement à ce que j’aurais pu reprocher à d’autres. Un beau final, c’est si important et celui-ci ne déçoit pas.

Je referme ce roman (bon, j’éteins ma liseuse, on ne va pas jouer sur les mots) toute tourneboulée. Il m’a donné envie de lui réécrire — ça, ça ne regarde que moi — et de me plonger dans de grands, de beaux livres. Parce que c’est ça Amélie Nothomb, plus que les chapeaux : les références constantes et la culture littéraire foisonnante (elle m’a fait connaître Montherlant et Céline, Carmilla et bien d’autres), le vocabulaire fouillé, l’esprit atypique, l’humour farfelu, la sensibilité à fleur de peau, le champagne, le Japon, les émotions qui vous saisissent et vous emportent. C’est son univers et je ne cesse de l’aimer, bien que certains livres soient supérieurs à d’autres.

Je referme ma lettre d’amour et je me plonge ensuite dans Gatsby le Magnifique en version originale (The Great Gatsby). Dès la première page, le charme opère déjà ; j’espère que cela continuera et je vous en dirai des nouvelles !

Très belle soirée et bon week-end du 15 août à tous.

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s